Depuis le 28 février, les fans de Claude Legault ont le plaisir de le retrouver dans Appelle-moi si tu meurs, la nouvelle série originale Club illico haletante. Nous avons rencontré Pierre-Yves Bernard, co-scénariste de la série aux côtés de Claude Legault, pour qu’il nous parle de cette histoire qui joue avec les codes des thrillers policiers et des comédies dramatiques.

D’où vous est venue l’idée de cette série mélangeant drame, thriller policier et comédie?
Claude Legault et moi avions expérimenté ces deux pôles que sont la comédie et le drame dans deux séries précédentes : Dans une galaxie près de chez vous pour la comédie, Minuit, le soir pour le drame. Comme nous ne voulions pas cette fois renoncer à l’un ou à l’autre, on a décidé d’imbriquer les deux! Et ça allait avec le sujet d’Appelle-moi si tu meurs, où l’on parle de mafia, avec le tragique qu’un tel sujet peut porter mais aussi un côté burlesque, ces personnages étant tellement extrêmes, colorés et parfois, dans la vraie vie, un peu caricaturaux.

Comment souhaitiez-vous représenter le monde policier et celui de la mafia à l’écran?
Nous n’avons pas la prétention de dire « Voici comment ça se passe dans ces milieux ». Nous ne faisons pas du documentaire. Bien que nous ayons bénéficié de l’aide de spécialistes, nous ne sommes pas tombés dans l’enfer du détail. Notre intérêt, ce sont les personnages, leur intériorité, leur psyché.

Appelle-moi si tu meurs 

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Pour vous, qu’est-ce qu’Appelle-moi si tu meurs : une histoire d’amitié teintée d’action policière, ou un jeu du chat et de la souris entre policier et mafieux?
Fondamentalement, c’est une histoire d’amitié. Le contexte policier vient mettre en péril cette amitié. Ce sont donc deux plaques tectoniques qui se percutent et qui donnent la dynamique scénaristique à cette série.

Depuis vos vrais débuts de scénariste en binôme avec Claude Legault, comment diriez-vous que votre écriture a évolué? Quelles sont les nouvelles envies qui ont donné comme résultat Appelle-moi si tu meurs?
Comme vous le mentionniez avec votre première question, le mélange de genres caractérise beaucoup la série. Traditionnellement, les polars sont des œuvres sérieuses. Nous avons essayé de faire passer davantage la vie dans toute sa complexité à travers nos personnages : un mafieux et un policier peuvent être violents mais aussi cabotins, ridicules, aimants, paternels, ludiques, etc.

On comprend dans la capsule ci-dessus que votre complicité avec Claude est essentielle dans votre travail d’écriture. Mais y-a-t-il une répartition claire des rôles entre vous deux? Ou avancez-vous sur toutes les étapes du processus scénaristique ensemble?
On brainstorme chacun des scénarios ensemble. Ensuite, je pars avec tout ce matériel, très touffu, et je dialogue chacune des versions. Claude, ainsi que Michèle Tougas (notre script-éditrice) me relisent et me font leurs commentaires. Ce sont des lecteurs redoutables, je finis donc chacun de nos appels en pleurant! (Rires)

Quelles sont vos inspirations cinématographiques et télévisuelles pour l’écriture d’Appelle-moi si tu meurs?
Cette question m’embête toujours un peu. J’aurais tendance à répondre « Aucune! », ce qui me donne inévitablement un petit côté prétentieux! Or, loin de moi l’idée de dire que je me suis créé moi-même en tant qu’auteur! J’ai sûrement plein d’influences mais je ne les intellectualise pas. Je ne me dis jamais « Faisons comme dans ce film, ou dans cette série… ». J’essaie juste de réussir à écrire la meilleure histoire possible et je suis surement accompagné, dans cette mission, d’un paquet d’autres créateurs dont le travail flotte dans mon inconscient.

Que pensez-vous que cette série apporte au paysage télévisuel québécois?
J’y reviens : l‘éclatement des genres qui donne le droit aux téléspectateurs de rire, pleurer et frémir au fil des scènes qui se succèdent.

Vous êtes-vous interdit d’explorer certains sujets sensibles?
En 2019, il n’y a presque plus rien de tabou. La télé est devenu un médium audacieux qui ne se refuse rien. Cela étant dit, nos thèmes restent assez traditionnels; c’est peut-être la façon d’en parler qui est un peu différente.

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Y a-t-il de vraies histoires de police ou de mafia dont vous vous êtes inspirés pour écrire ce scénario?
Pas vraiment, mais on a pigé beaucoup dans les façons de faire qu’a la police, notamment : comment mener une enquête, comment agir sur une scène de crime, comment détecter des micros, etc.

Le fait que cette série soit diffusée d’abord en rafale sur Club illico change-t-il votre façon d’écrire?
Elle m’impose en fait un petit deuil : la télé traditionnelle qui nous présente un épisode par semaine nourrit la faculté d’anticipation du téléspectateur qui, pendant 7 jours, va se demander comment le héros va faire pour s’en sortir. Ce sont 7 jours où ce téléspectateur est habité par l’univers de la fiction et ça, j’aime bien. Quand l’histoire est bien écrite, elle vit bien au-delà de sa durée de diffusion. L’écoute en rafale a, par contre, un avantage, celui d’immerger le téléspectateur dans un monde de fiction, ce qui rend l’expérience vraiment percutante : on se rappelle de chaque détail, on connaît chacun des personnages dans ses moindres replis, c’est cool, aussi. Mais pour répondre à votre question, non, ça ne change rien à l’écriture, ne serait-ce que parce que la série va, de toute façon, se retrouver un jour à TVA, donc à la télé traditionnelle.

Au-delà du synopsis de l’histoire, quels sont les thématiques que vous souhaitiez aborder dans la série?
L’amitié, bien sûr. Mais aussi la fragilité de la vie qui nous amène, parfois, au gré des rencontres ou des événements, à faire des choix, emprunter des chemins qu’on regrettera peut-être un jour. C’est un ensemble de circonstances qui amène Mario à devenir mafieux; or, tout ça aurait pu virer autrement. D’ailleurs, Mario aurait pu finir flic et JF, bandit. Il y a une question de chance et de malchance qui a joué pour beaucoup pour nos deux personnages. Étrangement, et c’est en répondant à votre question que j’en prends conscience, Claude et moi avons vécu un tel coup du destin. Nous avons eu la chance de nous rencontrer dans notre jeune vingtaine. Cette rencontre a été déterminante pour nous. Mais pour ma part, si je n’avais pas rencontré Claude, je ne sais pas du tout ce qu’aurait été ma vie professionnelle; peut-être aurais-je fini mafieux comme Mario?!! J’ai vraiment eu une chance incroyable de trouver Claude sur mon chemin. Et peut-être est-ce la même chose pour lui. Vous voyez, nous avons nous aussi, comme nos personnages, été marqués par cette dynamique de chance/malchance (de la chance, dans notre cas, bien sûr). C’est fascinant car on n’a jamais pensé à ça en écrivant la série. C’est la force de l’inconscient, j’imagine. Picasso a dit : « Le propre de l’artiste c’est de trouver et de chercher ensuite ». Eh ben voilà : en cherchant la réponse à votre question, je viens de trouver une assise de la série à même nos vies personnelles à Claude et à moi!

Avez-vous envisagé de raconter cette histoire en format long-métrage? Quelles contraintes le format série impose-t-il à votre écriture?
Il y a une dynamique pareil/pas pareil propre à ces deux médiums. Dans l’écriture, ça se traduit par les concepts de courbes de personnages, de pivots dramatiques, de modes narratifs. Mais là s’arrêtent la similarité. Au cinéma, on raconte (généralement) qu’une seule histoire; par conséquent, elle se doit d’être la plus percutante possible. À la télé, on est aussi condamné à l’efficacité mais elle se déploie sur une demi-douzaine d’heures et nous oblige à multiplier les intrigues et les rebondissements. Comparer film et série télé c’est comme comparer un sprint et un marathon : mais dans les deux cas, on en sort épuisés!

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Quentin Delahaye

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