Depuis le 10 janvier, les fans de Patrick Huard ont le plaisir de le retrouver dans Les Honorables, série originale Club illico, dix ans après Taxi 0-22. Jacques Diamant est l’auteur de la série, mais il est également procureur de la couronne, en activité. Nous l’avons rencontré pour qu’il nous parle de Justice, des Hoommes, et de cette belle aventure des Honorables.

D’où vous est venue l’idée de cette série dramatique?
Après ma participation à l’écriture de séries comme Toute la Vérité et Ruptures, je souhaitais poursuivre l’exploration des enjeux soulevés par notre système de justice. Je me sens à l’aise de décrire ce milieu puisque c’est celui dans lequel, professionnellement, j’évolue depuis de nombreuses années comme procureur de la couronne.

Pourquoi souhaitiez-vous écrire cette série?
Parce que je crois que la Justice intéresse les gens, dans la vraie vie comme dans la fiction. Il y a toujours des enjeux intéressants et, souvent, profondément humains… Aussi, tout le monde peut se retrouver impliqué dans ce système, que ce soit comme témoin ou… on ne le souhaite pas, comme victime ou accusé. J’ai toujours pensé que ce qui se passe dans les palais de justice est en quelque sorte un miroir de notre société.

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Comment souhaitiez-vous représenter le système de justice à l’écran?
De la façon le plus réaliste possible. En tentant de décrire le plus précisément le rôle de chacun dans ce grand échiquier : juges, avocats, témoins experts, enquêteurs de police, etc., chacun possède une tâche bien précise. J’ai également pris soin de respecter la procédure pénale du mieux que j’ai pu. J’ai souvent vu des séries qui ne traduisaient pas fidèlement ce qui se passe à l’intérieur des murs d’un palais de Justice. À la limite, ça nous fait décrocher de l’histoire. Par exemple, des avocats qui plaident des opinions et non de la preuve, qui posent une seule question à leur témoin et qui répondent à leur place… etc.

Souhaitiez-vous représenter les failles du système de justice?
Question très pertinente. La réponse est non. J’ai plutôt voulu mettre l’accent sur l’aspect implacable d’un verdict, et ce qui en découle. Forcément, au terme d’un procès, il y a un gagnant et un perdant. Lorsqu’il y a procès, c’est qu’il y a deux théories qui s’affrontent. Il s’agit d’un débat contradictoire, souvent acharné, surtout dans les affaires graves. La conclusion, le verdict, est toujours un point culminant et un moment dramatique qui va changer le cours de la vie des parties, que ce soit pour l’accusé ou, dans notre cas, pour la famille de la victime. C’est ce portrait intime d’une affaire que je voulais d’abord brosser. La série Les Honorables nous invite à suivre l’après-verdict et l’impact que la décision d’un jury a sur une famille au complet.

Que souhaitez-vous que les gens à la maison retiennent suite à la série?
Une maxime dit : « dura lex sed lex » , « la Loi est dure, mais c’est la Loi ». La série Les Honorables braque les projecteurs sur une famille qui va éprouver cette réalité de façon tragique. À travers cela, je souhaite que les gens retiennent que le système de justice que nous avons est un édifice patiemment érigé au fil des siècles. Malgré ses ratés, car oui, il n’est pas parfait, c’est encore notre meilleur rempart contre les abus qui pourraient menacer notre démocratie. En fait, notre système de justice n’est rien de moins qu’un des piliers de notre démocratie. L’insatisfaction à l’égard d’un verdict est un phénomène inévitable, mais qui n’enlève rien à la pertinence de conserver l’intégrité de notre système judiciaire. Une forme de justice parallèle, comme certains pourraient le prôner, saurait-elle faire mieux? Quant à moi, je suis convaincu du contraire.

Le système de justice peut être complexe. Comment vous êtes-vous assuré de rendre cet aspect crédible dans la série?
En tentant de refléter le droit tel qu’il est. Par exemple, la police peut amasser de la preuve contre un individu sans pour autant pouvoir convaincre un procureur de porter des accusations. Le cas échéant, le procureur doit à son tour convaincre un juge. Tout cela s’avère un long chemin, parsemé d’obstacles et de règles à observer, mais c’est de cette façon que j’ai voulu décrire la complexité de notre système judiciaire. Certains enjeux dans la série pourraient être débattus dans les palais de justice. Il s’agit de vraies questions de droit.

Que pensez-vous que cette série apporte au paysage télévisuel québécois?
De façon personnelle, je suis très fier du travail du réalisateur, des artistes, artisans ainsi que des comédiens qui ont donné vie à la série Les Honorables. Rien n’a été laissé au hasard. La série apporte de ce fait un témoignage crédible des enjeux humains que suscite notre système de Justice, en plus de nous éclairer sur son fonctionnement. L’histoire est défendue par des comédiens au sommet de leur art, ce qui donne lieu à des scènes très émouvantes. La série est tout simplement une belle œuvre à regarder, ceci dit avec humilité.

Pourquoi avoir choisi de présenter une famille œuvrant dans le milieu de la justice, autant les parents que la soeur de la victime?
En campant le récit au sein d’une famille de juristes, j’ai voulu intensifier l’impact émotionnel qui découle du verdict d’acquittement de Tristan Rabeau. Le choc est d’autant plus violent : alors que la Justice a été le pain et le beurre des Dessureaux, voilà qu’ils subissent une trahison de leur propre système, leur création, en quelque sorte, ce qui va les bouleverser profondément.

Aussi, cette décision a été prise pour approfondir les enjeux de « l’après-verdict ». Les Dessureaux connaissent bien les règles de droit et de procédure pénale. Ainsi, ils sont bien placés pour les critiquer ou les analyser, parfois même les utiliser pour tenter de renverser le cours des choses, que ce soit par des moyens légaux ou autrement. Bien qu’ils vivent très humainement les événements tragiques qui vont les affecter, je voulais que mes personnages aient accès à tous les outils disponibles pour tenter de trouver une solution à un verdict qui, pour eux, est inacceptable.

Comment le meurtre de leur fille et le procès affectent la relation de Ludovic et Lucie?
Je ne peux imaginer douleur plus grande que celle de parents qui perdent leur enfant et, de surcroît, des suites d’un acte criminel. Qu’ils le veuillent ou non, Ludovic et Lucie devront apprendre à vivre avec cette pénible réalité. Malgré leur séparation relativement récente avant la mort de leur fille, ils pourraient ressentir le besoin de s’épauler afin de traverser cette épreuve. Mais ils pourraient aussi être en désaccord sur les actions à prendre suite au verdict. Chose certaine, il est presqu’impossible d’imaginer qu’ils vont vivre en vase clos, chacun séparément, les événements qui vont suivre le procès.

Quelles sont vos inspirations cinématographiques et télévisuelles? Tant au niveau des films de vengeance que des films de Justice?
Mes sources d’inspirations sont diverses. Je suis attiré vers les œuvres qui décrivent et suivent un personnage en particulier, qui en explorent les contradictions et les déchirements. À cet égard, je ne surprendrai personne en disant que je suis fan des œuvres de Woody Allen. À la télé, j’ai beaucoup aimé la série True Detective avec Woody Harrelson et Matthew McConaughey.

Vous êtes-vous interdit d’explorer certains sujets sensibles?
Non. Tout est une question d’angle. Vous pourrez découvrir que la série Les Honorables en explore plusieurs.

Y a-t-il de vraies histoires de Justice dont vous vous êtes inspirés pour écrire ce scénario?
Bien sûr. Je ne pourrais pas en désigner une en particulier, mais la série est bâtie en empruntant des éléments de diverses affaires qui sont décrites dans l’actualité judiciaire. Que ce soit des traits de personnalités d’accusés, des situations judiciaires sensibles, des enquêtes policières alambiquées, des verdicts contestés dans la population…Tout part de la vraie vie dans la série.

Comment s’est déroulée la collaboration avec Patrick Huard? En quoi le fait qu’il joue également le rôle principal des Honorables a-t-il nourri votre écriture?
Patrick a su comprendre parfaitement le dilemme moral qui déchire le personnage de Ludovic. Juriste particulièrement pointu et passionné, notre juge tombe de très haut lorsque le jury rend un verdict d’acquittement face au tueur de sa fille. Patrick a su incarner avec nuance le désarroi de ce père brisé, mais aussi la volonté de se relever et de se battre en l’honneur de sa fille. Cela a été une grande source d’inspiration pour moi dans la construction des 10 épisodes de la série. Le duo qu’il forme avec Lucie (Macha Grenon) est fascinant.

Au-delà du synopsis de l’histoire, quels sont les thématiques que vous souhaitiez aborder dans la série?
Les choses que l’on cache, les secrets que l’on pense pouvoir taire à jamais mais qui reviennent nous éclater en plein figure des années plus tard. L’impact de nos gestes, ce qu’ils impliquent dans l’avenir. On verra que pour les Dessureaux, chaque décision qu’ils prennent amène une répercussion. Rien n’est jamais sans conséquence.

Avez-vous envisagé de raconter cette histoire en format long-métrage? Quelles contraintes le format série impose-t-il à votre écriture?
Non, j’avais depuis le départ le goût d’écrire une série comportant un récit fermé (avec une seule grande histoire comportant une conclusion) sur plusieurs épisodes, avec un mystère qui s’épaissit d’un épisode à l’autre. Bien sûr, il a fallu s’adapter à plusieurs types de contraintes, mais chaque format en possède, j’imagine.

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