MARTIN MICHAUD, D’AVOCAT À MAÎTRE DU THRILLER QUÉBÉCOIS

Martin Michaud, c’est cet élégant avocat à la barbe bien taillée, devenu écrivain de romans policiers et désormais scénariste à succès, auquel on doit l’inspecteur Victor Lessard et sa série éponyme, dont la nouvelle enquête est disponible sur Club illico depuis le 15 mai. 

On s’attendrait à ce qu’il cite de sordides affaires plaidées au criminel dans sa jeunesse comme source d’inspiration. Il n’en est rien. En effet, Me Michaud s’occupait de droit des affaires et se tenait à l’écart du sang et des drames de la vie. Pourtant, c’est bien le côté sombre de l’humanité qui l’inspire aujourd’hui et qui fait de lui l’un des maîtres incontestés du polar québécois.

« Je suis depuis toujours profondément attiré par ce que les gens vivent de l’intérieur. Dans mon premier roman, je mettais en scène le coma, un état de conscience que je trouve fascinant », explique-t-il.

Dans la première saison de Victor Lessard, on découvre plutôt en toile de fond le projet MK Ultra, mené dans les années 60 par la CIA, à Montréal, qui visait à développer des techniques de manipulation mentale. La nouvelle enquête, Violence à l’origine, est, quant à elle, inspirée d’un fait divers qui a horrifié l’auteur. L’obscurité de l’âme humaine l’électrise.

Si Martin Michaud aime les humains, seules les personnalités complexes l’inspirent.
« Écrire de la fiction sur des gens heureux sans histoires ne m’intéresse pas. Je préfère les conflits intérieurs et les séquences d’événements qui propulsent une personne dans l’horreur. En l’espace de quelques jours, elle voit sa vie transformée et bouleversée de façon irrémédiable. »

« C’est ma façon de dénoncer, analyse-t-il. Je montre ce que l’humain est capable de faire et qui est abject. Je propose un miroir – souvent moins pire que la réalité – de la société dans laquelle on vit. » Martin Michaud est convaincu de l’effet cathartique des romans et des séries télé. À travers leur prisme, les lecteurs et les téléspectateurs vivent des émotions fortes dans un périmètre délimité, sans courir aucun danger.

Découvrez la nouvelle enquête de Victor Lessard, Violence à l’origine,
en rafale sur Club illico.

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Cette fascination pour la vie par procuration a été décisive pour Martin Michaud et l’a amené à prendre la plume. C’était il y a une vingtaine d’années. Depuis, son style a bien changé. « Lorsque j’ai commencé à écrire en parallèle de ma vie d’avocat, je voulais être un vrai auteur de littérature. À l’époque, cela excluait les romans policiers, alors considérés comme un sous-genre, lance-t-il. J’ai produit deux premiers romans sur une période d’une douzaine d’années et ils ont été refusés par toutes les maisons d’édition de l’univers. »

Un brin désespéré, et presque convaincu qu’il est temps pour lui de cesser de se raconter des histoires puisqu’il se révèle incapable d’en raconter aux autres, il s’apprête à jeter l’éponge. Quand, coup de théâtre, il commence un roman policier, Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, qui séduit un éditeur. Tout s’enchaîne alors. Les romans, le succès et désormais les scénarios.

D’ÉCRIVAIN À SCÉNARISTE, LE PARCOURS D’UN CONTEUR D’HISTOIRE

Martin Michaud demeure persuadé qu’il y a toujours une part de chance dans la trajectoire des écrivains qui ont tous été, un jour ou l’autre, des auteurs non publiés. Cependant, pour lui, c’est l’acceptation de sa véritable nature qui a changé la donne. « Quand j’ai commencé à écrire ce roman policier, une espèce de prise de conscience s’est opérée. Je ne l’avais probablement pas réalisé avant, mais dans les deux livres précédents, j’essayais de m’imposer avec une écriture et un style. Avec celui-ci, j’ai assumé que je voulais avant tout raconter des histoires. Je devais soigner mon écriture, mais il fallait qu’elle soit efficace et au service de l’intrigue, comme dans la tradition des diseurs d’histoires (storytellers) anglo-saxons. »

Un modus operandi toujours d’actualité avec la série Victor Lessard, même s’il y a de grandes différences entre écriture romanesque et écriture télévisuelle. « Dans le roman, le lecteur a accès à l’intériorité du personnage. Ce n’est pas le cas à la télé où il faut dramatiser l’action pour faire comprendre ce qui se passe dans sa tête, décrit-il. Cela amène son lot de défis, mais permet aussi d’aller beaucoup plus en profondeur, notamment chez les personnages secondaires. » Une subtilité qu’il a découverte au contact des scénaristes Frédéric Ouellet et Myriam Pavlovic. Grâce à eux, il apprend le métier. « L’équipe de production a eu la clairvoyance de m’entourer de gens talentueux. Avec le réalisateur Patrice Sauvé, ils sont le noyau de Victor Lessard à l’écran. »

Dans cette version télévisuelle, Martin Michaud a eu le champ libre pour raconter l’histoire différemment. Plusieurs scènes du roman ne se retrouvent d’ailleurs pas dans la série, et inversement. D’autres, en revanche, se sont étoffées alors qu’il est allé fouiller dans des parties de l’histoire qui n’avaient pas été exploitées dans le roman. La ville de Montréal, personnage central et récurrent, en bénéficie largement. « On y découvre une autre facette du prisme, note-t-il. Les protagonistes se retrouvent dans des endroits familiers que l’on montre sous un autre jour. »

Quant au personnage principal, incarné avec brio par Patrice Robitaille, il ne pouvait y avoir à ses yeux de meilleur interprète. « Quand il y a 300 000 lecteurs qui imaginent Victor Lessard, il existe 300 000 Victor Lessard. Quand un acteur l’incarne à la télé, alors il n’en existe plus qu’un seul en chair et en os. Et c’est une chance inouïe que Patrice ait été disponible pour devenir ce personnage. »

Avec Julie Le Breton, dans le rôle de Jacinthe Taillon, l’équipe de production a osé aller au-delà de la vision romanesque physique du personnage. Pour le meilleur. « Dans le roman, c’est une femme beaucoup plus forte que Julie, qui semblait trop belle et trop fabuleuse pour l’interpréter. Elle a pourtant été un coup de cœur. Il est apparu à l’équipe que le plus important résidait dans l’essence du personnage et Julie la capturait mieux que personne. » Preuve de la pertinence de cette démarche collective: le succès de la première saison de Victor Lessard, visionnée plus de 3 millions de fois sur Club illico depuis mars 2017, et celui de Violence à l’origine, visionnée plus d’un million de fois en moins de 3 semaines

Les gens de l’industrie croisés à Banff, où la série a été consacrée « Meilleure série francophone » au Festival international des médias l’an dernier, ne s’y sont pas trompés.

« Notre travail a été salué, raconte avec fierté Martin Michaud, mais aussi celui de ces deux interprètes de grande stature, dont la présence et le magnétisme ont convaincu tout le monde. Même s’ils jouaient en français… »

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Yasmine Berthou

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