MILK & BONE : CIRCUITS HARMONIQUES

Le premier chapitre du Collectif s’est écrit le 16 mai dernier alors que 300 spectateurs ont eu la chance d’assister à un spectacle intime de Milk & Bone au Bain Mathieu à Montréal. Pour ce premier événement, Vidéotron a mis son expertise technologique au service du duo électro-pop montréalais pour créer une version inédite de leur spectacle. J’en ai profité pour m’entretenir avec les deux artistes sur la formation de leur groupe et l’influence des nouvelles technologies sur leur son et leur évolution.

Avec un premier album (Little Mourning, mars 2015) qui a fait de très grosses vagues, le duo formé de Camille Poliquin et de Laurence Lafond-Beaulne a rapidement été propulsé en tête du peloton des artistes électroniques émergents du Québec. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire Coconut Water, les deux musiciennes ont été extrêmement sollicitées, tout autant au pays qu’en Europe et aux États-Unis. Livrant une musique à la fois dense et douce, Milk & Bone a su frotter à merveille la corde sensible des milléniaux qui se ruent à tous ses concerts.

C’est il y a trois ans que les deux jeunes femmes se sont rencontrées, alors toutes deux musiciennes pour la tournée de David Giguère: «On a commencé à passer pas mal plus de temps ensemble, m’explique Camille. Sur la route, à partager des chambres d’hôtel, puis à chanter ensemble. On s’est mises à vraiment avoir du fun ensemble pis j’pense qu’on s’trouvait pas mal smattes (rires). Après, je te dirais que c’est venu naturellement, on a eu le goût d’aller écrire une couple de chansons ensemble.» Les deux musiciennes sont donc allées s’isoler en campagne quelques jours pour composer les bases de ce qui deviendrait Milk & Bone. «On est revenues avec beaucoup de mauvaises chansons, rigole Camille. Mais après, on s’est mises à travailler en studio avec Gabriel Gagnon, qui est devenu notre réalisateur pour tout l’album. Ensuite de ça, on a lancé New York et Coconut Water sur SoundCloud avant d’arriver avec l’album.»

La collaboration entre Vidéotron, Sony et les artisans impliqués sur la soirée a permis de créer un environnement assez unique dans la grande piscine qui sert maintenant de salle de concert.

SOIRÉE CAPTIVANTE

Lors du spectacle au Bain Mathieu, la prestation des filles a été retransmise en direct sur la page Facebook de Vidéotron avec plusieurs caméras 4K, un atout technologique pour le groupe. «Ce que je trouve vraiment super avec ça, explique Camille, c’est que ça permet à nos fans qui n’ont pas nécessairement eu la chance de venir voir le concert de quand même profiter de la mise en scène unique qu’on avait pour ce show-là.» Effectivement, la collaboration entre Vidéotron, Sony et les artisans impliqués sur la soirée a permis de créer un environnement assez unique dans la grande piscine qui sert maintenant de salle de concert. Les fans ont eu droit à deux chansons non tirées de Little Mourning où des danseuses sont venues ajouter une dimension de plus au spectacle, derrière des projections en filigrane, comme autant d’images fantomatiques. «C’était fou d’avoir de la danse sur notre musique, mentionne Laurence, une première pour nous! Ç’a vraiment été une super soirée, ça nous a fait sortir de notre petit silence de création et c’est toujours un plaisir pour nous de voir nos fans… On est vraiment contentes d’avoir eu l’occasion de faire ça.»

Les amateurs du groupe auront d’ailleurs la chance de vivre ou de revivre les deux nouveaux titres Trust et Poison dans une expérience inédite pour Milk & Bone. L’équipe de Vidéotron a capté les deux morceaux en 360° pour ainsi permettre de les écouter comme si on y était à l’aide d’un casque de réalité virtuelle. Questionnée sur l’utilisation de nouvelles formes de consommation de la culture, Laurence se fait enthousiaste: «Tu sais, nous, on est super ouvertes à essayer des nouvelles affaires. Il s’agit seulement que ce soit dans un contexte qui s’y prête bien, et je pense que ce spectacle-là, c’était parfait pour essayer la VR. Bien hâte de voir ce qu’en auront pensé nos fans, mais nous, on a vraiment tripé!»

CONCEVOIR UN SON

C’est réellement à travers le temps passé en studio que s’est finalement défini le son pour lequel on les reconnaît: «C’est un peu arrivé par hasard, au fil du temps en studio, selon Laurence. C’est sûr que Camille et moi, on aime les références musicales. Quand on écoute une toune, c’est souvent les mêmes éléments qui nous font triper. Un autre élément super important, c’est qu’on aime beaucoup chanter ensemble, faire des harmonies. On s’est rendu compte que vocalement, nos timbres collent super bien ensemble. Ç’a donné une musique où les voix sont vraiment importantes, où y a pas mal de synthés… Pour ce qui est des références musicales, ç’a réellement été par essais et erreurs en studio.» Camille enchaîne: «C’est le premier album sur lequel j’ai vraiment travaillé d’un bout à l’autre, tu sais. En rétrospective, je me rends compte que ce n’est vraiment pas la même expérience qu’un band typique. On a passé énormément de temps autour d’un ordinateur. On a utilisé des synthés analogues, oui, mais aussi énormément de plugins logiciels, en plus de tous les référents qu’on écoutait directement sur l’ordinateur… C’est sûr que la technologie a teinté notre expérience, mais je pourrais pas te dire de quelle manière. Mais ç’a vraiment englobé ce que le projet est devenu, après ça.»

«On s’entend qu’on commençait, on avait pas de moyens, poursuit Laurence. Gabriel avait accès à un studio, alors on l’a fait là, avec ce qu’il y avait sur place. On était restreintes à certains trucs, ce qui a certainement aussi teinté notre son, mais pour moi, c’est quelque chose de très positif, de pas avoir toutes les options à ta disposition.» C’est donc dire que la technologie a fait partie intégrante du raffinement de la sonorité de Milk & Bone. À travers les expérimentations en studio avec diverses machines numériques et analogiques, les deux comparses sont parvenues à cerner leurs influences musicales et leurs intentions pour le projet et à les distiller pour en faire une sonorité cohérente et constante tout au long de l’album. C’est en partie grâce à l’utilisation d’outils bien précis que le groupe parvient à unifier le ton: «On a le reverb “Milk & Bone”, développe Laurence, le RC-24 de Native Instruments, qu’on utilise partout sur nos voix sur le premier album. On a aussi travaillé beaucoup avec le Mopho de Dave Smith [un synthétiseur analogique moderne]. Là, on a juste hâte pour le deuxième album de pouvoir utiliser des nouveaux instruments, des nouvelles bébelles!»

ÉTENDRE L’INFLUENCE

Ce n’est toutefois pas seulement que sur le plan de la musique elle-même que les technologies modernes ont été utiles à Milk & Bone. Camille et Laurence sont des filles de leur génération, et elles ont su tirer profit des divers outils de promotion qu’offrent aujourd’hui les réseaux sociaux et, plus généralement, l’omniprésence d’internet. «Nous, c’est tout ce qu’on a connu, mentionne Camille. En commençant, la première chose qu’on a lancée, c’était sur SoundCloud, c’était la seule façon pour les gens de nous découvrir vu qu’on avait pas de label ou de management à ce moment-là. C’est ce qui nous a aussi donné l’occasion de nous mettre en confiance. Dès le début, on a senti le support des gens; je pense que si on avait mis la chanson sur SoundCloud et qu’on avait pas eu autant de réponses que ça, on aurait sûrement pris plus de temps à le faire, on aurait eu moins de motivation. Pour les musiciens, aujourd’hui, c’est un outil incroyable pour tester la marchandise! […] Après ça est arrivé Spotify et Apple Music, on s’est fait mettre sur plein de playlists différentes, et c’est selon moi la raison principale pourquoi on a pu aller tourner aux États-Unis.»

C’est donc à travers une utilisation intelligente des réseaux sociaux et des plateformes numériques que le groupe a réussi à traverser les frontières canadiennes, une leçon à retenir pour tous les jeunes artistes désireux de s’exporter ou, même, de grossir ici. À l’époque actuelle, on ne peut plus se permettre de lever le nez sur les outils technologiques relatifs à la promotion artistique, peu importe leur forme. Du côté de Milk & Bone, à quoi doit-on s’attendre pour la suite? «On travaille actuellement sur le deuxième album, conclut Laurence. On va essayer d’explorer avec de nouveaux synthétiseurs et de nouveaux sons. On veut pas refaire le même album. C’est certain que, oui, y a des choses qui font Milk & Bone et on peut pas écarter ce qui plaît à notre public, mais on veut explorer, se mettre dans des zones de danger, quitte à revenir à quelque chose… On veut essayer d’aller plus loin.»

ANTOINE BORDELEAU
Journaliste à Voir

GALERIE PHOTO

Les photos identifiées ont été prises avec le Sony Xperia XA1

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